Sauf la petite qui…

août 4, 2018

Il y a eu, c’est vrai, des rires et de l’insouciance au début de ma vie : Le sourire de maman, les yeux pétillants de papa. Je ne les ai pas rêvés, je les ai vu. Le bonheur à la naissance de ma petite sœur, la fête dans la famille pour l’accueillir. Est-ce possible que ce soit ma seule imagination ?
Et puis, un jour, les yeux pleins de larmes de tout le monde.
Sauf de la petite qui jouait dehors en attendant la camionnette.
Moi aussi, je pleurais. De les voir pleurer mais aussi, parce que, tout petit que je sois pourtant, j’avais compris. La séparation, pour toujours. Le long voyage où il faudrait être très sage, très calme pour que ne pas que le chauffeur nous débarque au milieu de nulle part. Maman et son petit sac contenant des minuscules souvenirs, papa la main en poche serrant les billets. La peur qui se transmettait d’eux à moi. La peur de tout le monde
Sauf de la petite qui jouait dehors en attendant la camionnette.
La camionnette dans laquelle il a été difficile de trouver une petite place tant il y avait du monde. Maman a pris la petite sur ses genoux, papa m’a pris moi. On était serré, oppressé. On n’osait pas se parler. Moins on en savait sur les autres passagers, mieux c’était pour eux, pour nous.
On ne parlait pas, on regardait tous le vide dans notre tête, on n’entendait que le bruit du moteur et les rires des deux hommes à l’avant. On n’osait presque pas respirer. Même si je n’étais pas bien grand, j’avais compris que le silence était mon sauf conduit. Tout le monde l’avait compris

Sauf la petite qui jouait avec le foulard de maman.

La route était si longue. Les arrêts étaient toujours de nuit. Vite, vite…en se cachant, en silence. Les hommes fumaient une cigarette, on faisait nos besoins sur le bas coté de l’autoroute, on mangeait un petit bout de pain dur. On avait encore plus peur que dans la camionnette. On s’imaginait qu’elle était notre maison, notre forteresse. Qu’à l’intérieur, même dans l’inconfort, même dans la chaleur on risquait moins que dehors. Tout le monde craignait le dehors menaçant

Sauf la petite qui jouait à saute-mouton dans l’herbe de l’aire de stationnement.

La camionnette avalait les kilomètres, on passait les frontières et on commençait à penser que, peut-être, la chance était avec nous. Dernier pays à traverser. Un si petit pays qu’il ne comptait pas vraiment. On pouvait respirer un peu. Notre terre d’asile était proche, si proche. Encore quelques kilomètres, encore une frontière et on pourrait quitter cette camionnette, marcher dans les rues et parler et rire enfin. Tout le monde attendait ce moment où nos voix pourraient enfin se faire entendre

Sauf la petite qui s’était endormie dans les bras de maman.

Et puis, et puis quoi…..Que raconter encore, la voiture qui accélère, le bruit des sirènes, les zig zag sur la route, la peur qui donne envie de vomir et le cri de maman qui ne s’arrête plus, qui resonne encore dans ma tête. Tout le monde entend encore le cri de maman.

Sauf la petite, morte, dans ses bras.

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Trois mâts

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octobre 8, 2009

Grâce à une amie, Anne Rigo, professeur d’exception, j’ai osé me lancer dans l’aventure picturale……

J’ai envie de partager avec vous les travaux que j’ai réalisés au fil de ces quatre années.

Et j’y ai ajouté quelques photos auxquelles je tiens particulièrement.